À l’heure où j’écris ces lignes, les décès dus au virus Ebola s’accumulent en Guinée. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies d’Atlanta (connus sous leur sigle anglais, CDC) recensent 157 cas, dont 101 décès et 66 cas confirmés.

L’épidémie a aussi touché le Liberia (22 cas, quatre décès et cinq cas confirmés en laboratoire). Mais le cas guinéen est sans aucun doute l’un des plus graves.

Ce n’est pas la première fois qu’Ebola sort de sa cachette dans la forêt pour s’attaquer aux êtres humains. En 1976, le virus a semé la terreur à Yambuku, dans l’ancien Zaïre (aujourd’hui la République démocratique du Congo), où il a tué 280 des 318 personnes qu’il avait infectées.

Nous tremblons dès qu’on nous parle de ce virus, précisément à cause de sa mortalité – proche de 90 % selon les épidémies – et surtout à cause de la popularité des descriptions de l’écrivain Richard Preston dans son livre The Hot Zone (publié en espagnol chez Emecé sous le titre La Zona Caliente). Les fièvres hémorragiques et les vomissements sanglants des malades les transformaient en une sorte de zombies, dont les yeux injectés de sang se décomposaient sous nos yeux. Est-ce vrai ?

Les virologues qui ont affronté Ebola, comme Daniel Bausch, admettent que la maladie et les dégâts que le virus cause dans l’organisme sont terribles, mais qu’ils restent loin des descriptions cinématographiques de Preston.

Les virus sont les éléments favoris et la justification parfaite pour montrer sur grand écran l’effondrement de notre société moderne.

Dustin Hoffman dans une scène d’Alerte ! Warner Bros.
Dustin Hoffman dans une scène d’Alerte ! Warner Bros.

Ce sont d’excellents messagers de l’Apocalypse. Il existe une longue liste de bons films, certains ayant connu un beau succès au box-office, qui n’auraient aucune raison d’être si les virus ne s’étaient pas échappés de l’éprouvette pour faire des leurs.

Jusqu’à quel point ce cinéma exagère-t-il et déforme-t-il la réalité ?

Dans Resident Evil et les autres films de cette saga à succès, c’est un virus fabriqué en laboratoire qui finit par transformer en zombies les chercheurs d’une entreprise, Umbrella, dont le contrôle est au départ confié à une intelligence artificielle.

Ce n’est pas un scénario brillant. Il est truffé de clichés, mais il offre aux scénaristes de multiples décors pour tourner de formidables scènes d’action. Et il a indéniablement propulsé la très belle Milla Jovovich au rang de star de ce genre de cinéma.

Dans le remake Je suis une légende, avec Will Smith, on assiste au début du film à une déclaration insolite d’une médecin interprétée par Emma Thompson, qui affirme devant les caméras avoir trouvé un remède contre le cancer.

Ici, les patients ont été infectés par un virus génétiquement modifié pour venir à bout des tumeurs. Mais ce virus échappe au contrôle humain et contamine le reste de l’humanité, transformant les survivants en une espèce assez étrange de zombies.

Milla Jovovich dans l’une des suites de Resident Evil. Constantin Film Produktion
Milla Jovovich dans l’une des suites de Resident Evil. Constantin Film Produktion

Will Smith est le seul qui semble immunisé contre le virus. Tout comme Charlton Heston dans Le Survivant, même si, cette fois, il ne s’agit pas à proprement parler d’un virus, mais d’un micro-organisme utilisé dans une guerre bactériologique.

Dans la série The Walking Dead, on trouve une explication bien plus travaillée, et tout aussi fascinante, qui fait intervenir les virus. On nous montre un film tiré d’une imagerie par résonance magnétique d’une personne qui a été mordue par un zombie et qui « ressuscite » quelque temps plus tard.

La morsure transmet un virus semblable à celui de la rage. Le virus met hors d’usage la partie supérieure du cerveau, le cortex, où sont stockés les souvenirs et la personnalité, et lorsque le cerveau s’éteint, la mort survient.

Peu après, nous découvrons que le virus active le cervelet, qui contrôle les fonctions élémentaires et automatiques du corps. La personne ressuscitée n’est plus que la coquille vide de ce qu’elle a été, à la merci de ses seuls instincts.

Affiche promotionnelle de Je suis une légende. Warner Bros.
Affiche promotionnelle de Je suis une légende. Warner Bros.

28 jours plus tard et sa suite, 28 semaines plus tard, racontent la transmission d’un virus qui rend fous les chimpanzés et qui passe à l’homme. Ce virus a, comme il se doit, la propriété de transformer les êtres humains en zombies. L’Apocalypse est servie.

Certains films reposent sur des scénarios de ce qui pourrait arriver à cause d’un virus, et ils sont nettement moins fantaisistes. Les lecteurs de Planeta Prohibido connaissent nos commentaires sur Contagion, où Steven Soderbergh n’épargne personne en décrivant la réaction des responsables politiques, des autorités sanitaires, des militaires, de la presse et de la population face à une pandémie de grippe dont la mortalité atteint 30 %.

Et auparavant, dans Alerte !, porté par Dustin Hoffman, on nous raconte ce qui pourrait arriver si le virus Ebola – ici baptisé Motaba – se transmettait par voie aérienne, comme une grippe mortelle à cent pour cent. Une petite ville américaine est coupée du reste du pays. Les militaires projettent de détruire la localité pour empêcher une pandémie...

Mais le meilleur film, et sans doute le plus réaliste de tous, sur les micro-organismes infectieux potentiellement mortels est Le Mystère Andromède, réalisé par le maître Robert Wise d’après le roman de Michael Crichton. C’est un chef-d’œuvre, que je recommande vivement, et il n’a rien perdu de sa vraisemblance. Nous assistons à un concert d’explications scientifiques, de valeurs de pH, de robots, d’ordinateurs et de laboratoires de haute technologie qui, aujourd’hui encore, ne paraissent pas dépassés, bien que le film ait été tourné au début des années soixante-dix.

Le chef-d’œuvre de Robert Wise, Le Mystère Andromède.
Le chef-d’œuvre de Robert Wise, Le Mystère Andromède.

Les scénarios n’ont pas à être scientifiquement précis ou exacts. Ils doivent être crédibles, et cela dépend de ce que le public acceptera ou non de l’histoire. La crédibilité scientifique est une chose, la crédibilité cinématographique en est une tout autre. Elles ne coïncident pas forcément.

Mais il est vrai que la plupart des œuvres consacrées aux virus partent du principe qu’apparaîtra un jour un micro-organisme mortel capable d’exterminer sept milliards d’êtres humains jusqu’au dernier (à l’exception des héros qui n’ont pas encore été infectés), et cela, d’un point de vue biologique, est un non-sens.

C’est un non-sens parce qu’un virus trop mortel n’a pas la possibilité de se propager rapidement, comme c’est le cas d’Ebola, qui nécessite un contact direct entre la personne contaminée et la personne saine. En tuant rapidement, il réduit ses chances de contagion immédiate.

Quand le virus fait irruption dans un village africain, il arrive avec un homme ou une femme qui tombe malade et a besoin des soins de sa famille, dont les membres sont à leur tour la proie d’Ebola. En quelques semaines, les familles meurent chez elles et l’épidémie finit par s’éteindre. Dans les hôpitaux et en milieu urbain, en revanche, Ebola a davantage de chances de se propager.

Une scène de Contagion, avec Kate Winslet. Warner Bros.
Une scène de Contagion, avec Kate Winslet. Warner Bros.

Et s’il subissait une mutation lui permettant de se transmettre par l’air ? Les experts n’excluent pas cette possibilité, mais ce changement aurait un prix, qui se paierait au détriment de l’agressivité du micro-organisme. En échange, il infecterait beaucoup plus de personnes. Et c’est là quelque chose qui, en termes évolutifs, « intéresse » le virus.

Prenons le cas du virus du sida, le VIH. Quand il est passé aux populations humaines, c’était un virus assez virulent, mais il pouvait mettre des mois, voire des années, à tuer ses victimes. Cela lui laissait le temps nécessaire pour infecter le plus de monde possible.

La pandémie de sida a progressé précisément parce que les personnes infectées ne présentaient pas de symptômes immédiats. Le virus mettait parfois des années à se multiplier pour détruire les défenses immunitaires. Et pendant ce temps, il pouvait passer d’un être humain à l’autre de façon invisible, sans provoquer le moindre symptôme ni donner l’alerte.

C’est une stratégie redoutable, mais ce virus n’est pas parvenu à exterminer l’espèce humaine. À mon avis, un tel événement a plus de chances de se produire si nous recevons une météorite d’un ou plusieurs kilomètres de diamètre. Mais heureusement, c’est un phénomène si rare qu’il ne survient qu’une fois toutes les centaines de millions d’années.